Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir ! La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit … Lire la suite
Poésie
Elle ne sait pas tendre des pièges – Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard
Elle ne sait pas tendre des pièges Elle a les yeux sur sa beauté Si simple si simple séduire Et ce sont ses yeux qui l’enchaînent Et c’est sur moi qu’elle s’appuie Et c’est sur elle qu’elle jette Le filet volant des caresses. Elle ne sait pas tendre des piègesPoèmes de Eugène Emile Paul Grindel, … Lire la suite
Le mauvais moine – Charles Baudelaire
Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles Étalaient en tableaux la sainte vérité, Dont l’effet, réchauffant les pieuses entrailles, Tempérait la froideur de leur austérité. En ces temps où du Christ florissaient les semailles, Plus d’un illustre moine, aujourd’hui peu cité, Prenant pour atelier le champ des funérailles, Glorifiait la mort avec simplicité. – Mon … Lire la suite
La grandeur de ce mal où tu te crois savante – Charles Baudelaire
Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle, Femme impure ! L’ennui rend ton âme cruelle. Pour exercer tes dents à ce jeu singulier, Il te faut chaque jour un cœur au râtelier. Tes yeux, illuminés ainsi que des boutiques Et des ifs flamboyants dans les fêtes publiques, Usent insolemment d’un pouvoir emprunté, Sans connaître jamais … Lire la suite
L’offrande – Renée Vivien
Pour lui prouver que je l’aime plus que moi-même, Je donnerai mes yeux à la femme que j’aime. Je lui dirai d’un ton humble, tendre et joyeux : Ma très chère, voici l’offrande de mes yeux. Je te donnerai mes yeux qui virent tant de choses. Tant de couchants et tant de mers et tant … Lire la suite
J’ai ruiné mon cœur – Renée Vivien
J’ai ruiné mon cœur, j’ai dévasté mon âme Et je suis aujourd’hui le mendiant d’amour : Des souvenirs, pareils à la vermine infâme, Me rongent à la face implacable du jour. J’ai ruiné mon cœur, j’ai dévasté mon âme Et je viens lâchement implorer du destin Un reflet de tes yeux au caprice divin, O … Lire la suite
Sonnet de porcelaine – Renée Vivien
Le soir, ouvrant au vent ses ailes de phalène, Évoque un souvenir fragilement rosé, Le souvenir, touchant comme un Saxe brisé, De ta naïveté fraîche de porcelaine. Notre chambre d’hier, où meurt la marjolaine, N’aura plus ton regard plein de ciel ardoisé, Ni ton étonnement puéril et rusé… Ô frissons de ta nuque où brûlait … Lire la suite
Puisqu’il le faut – Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard
Dans le lit plein ton corps se simplifie Sexe liquide univers de liqueur Liant des flots qui sont autant de corps Entiers complets de la nuque aux talons Grappe sans peau grappe-mère en travail Grappe servile et luisante de sang Entre les seins les cuisses et les fesses Régentant l’ombre et creusant la chaleur Lèvre … Lire la suite
Demain, dès l’aube – Victor Hugo
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,Triste, et … Lire la suite
Sois soumis, mon chagrin – Georges Perec
Sois soumis, mon chagrin, puis dans ton coin sois sourd. Tu la voulais la nuit, la voilà, la voici : Un air tout obscurci a chu sur nos faubourgs, Ici portant la paix, là-bas donnant souci. Tandis qu’un vil magma d’humains, oh, trop banals, Sous l’aiguillon Plaisir, guillotin sans amour, Va puisant son poison aux … Lire la suite