Le Coq et le Renard – Jean de La Fontaine 1


Sur la branche d’un arbre était en sentinelle
Un vieux coq adroit et matois.
" Frère, dit un renard adoucissant sa voix,
Nous ne sommes plus en querelle :
Paix générale cette fois.

Je viens te l’annoncer ; descends, que je t’embrasse.
Ne me retarde point, de grâce ;
Je dois faire aujourd’hui vingt postes sans manquer.
Les tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte, à vos affaires ;

Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux dès ce soir,
Et cependant viens recevoir
Le baiser d’amour fraternelle.
– Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle
De cette paix ;
Et ce m’est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux lévriers,
Qui, je m’assure, sont courriers
Que pour ce sujet on envoie :

Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous.
– Adieu, dit le renard, ma traite est longue à faire,
Nous nous réjouirons du succès de l’affaire
Une autre fois. " Le galand aussitôt

Tire ses grègues, gagne au haut,
Mal content de son stratagème.
Et notre vieux coq en soi-même
Se mit à rire de sa peur ;
Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

Le Coq et le Renard
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



One comment on “Le Coq et le Renard – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 17, 2009 9:14

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.

    Le Pogge ajoute à la réponse du Coq ce nouveau dialogue, « Le Coq: Eh! la paix n'est-elle pas faite entre les animaux? —Le Renard: Peut-être que les deux Chiens n'en savent pas encore la nouvelle». Jacques l'Enfant, qui a publié le Poggiana, voudroit que La Fontaine n'eût pas omis cette-répartie du Renard fugitif, comme ayant, dit-il, beaucoup de sel. Cela est vrai ; mais elle étend la morale de la, fable bien au-delà du but du poète, et par-là devient inutile. Ce n'est pas un combat d'esprit qu'il a voulu rendre ; mais une leçon qu'il donne aus trompeurs.
    (1) Faites-en les feux. Feux de joie, illuminations. (3) Je m'assure. Il pouvoitmettre : j'en suis sûr.
    (3) Tire ses grègues , ou ses chausses , faire retraite. Expression tirée du langage burlesque et familier. Régnier avoit dit :
    Ses grègues aux genoux, au coude son pourpoint.
    ( Satyre II. vers 45. )
    On croit que ce mot vient des chausses à la grecque.
    (4) Et notre vieux Coq. Comme il dira plus bas : Cétoit un vieux routier; il savoit plus d'un tour.

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