Le Coq et le Renard – Jean de La Fontaine

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Sur la branche d’un arbre était en sentinelle
Un vieux coq adroit et matois.
" Frère, dit un renard adoucissant sa voix,
Nous ne sommes plus en querelle :
Paix générale cette fois.

Je viens te l’annoncer ; descends, que je t’embrasse.
Ne me retarde point, de grâce ;
Je dois faire aujourd’hui vingt postes sans manquer.
Les tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte, à vos affaires ;

Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux dès ce soir,
Et cependant viens recevoir
Le baiser d’amour fraternelle.
– Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle
De cette paix ;
Et ce m’est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux lévriers,
Qui, je m’assure, sont courriers
Que pour ce sujet on envoie :

Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous.
– Adieu, dit le renard, ma traite est longue à faire,
Nous nous réjouirons du succès de l’affaire
Une autre fois. " Le galand aussitôt

Tire ses grègues, gagne au haut,
Mal content de son stratagème.
Et notre vieux coq en soi-même
Se mit à rire de sa peur ;
Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

Le Coq et le Renard
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine

Une réponse à “Le Coq et le Renard – Jean de La Fontaine”

  1. dicocitations

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.

    Le Pogge ajoute à la réponse du Coq ce nouveau dialogue, « Le Coq: Eh! la paix n'est-elle pas faite entre les animaux? —Le Renard: Peut-être que les deux Chiens n'en savent pas encore la nouvelle». Jacques l'Enfant, qui a publié le Poggiana, voudroit que La Fontaine n'eût pas omis cette-répartie du Renard fugitif, comme ayant, dit-il, beaucoup de sel. Cela est vrai ; mais elle étend la morale de la, fable bien au-delà du but du poète, et par-là devient inutile. Ce n'est pas un combat d'esprit qu'il a voulu rendre ; mais une leçon qu'il donne aus trompeurs.
    (1) Faites-en les feux. Feux de joie, illuminations. (3) Je m'assure. Il pouvoitmettre : j'en suis sûr.
    (3) Tire ses grègues , ou ses chausses , faire retraite. Expression tirée du langage burlesque et familier. Régnier avoit dit :
    Ses grègues aux genoux, au coude son pourpoint.
    ( Satyre II. vers 45. )
    On croit que ce mot vient des chausses à la grecque.
    (4) Et notre vieux Coq. Comme il dira plus bas : Cétoit un vieux routier; il savoit plus d'un tour.

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