En vain la peur d’un joug tendre et fatal
Vient m’adjurer d’être de toi guérie:
Un corps, aimé est comme un lieu natal,
Un vif amour est comme une patrie !
Je ne veux plus occuper ma raison
À repousser ta permanente image.
J’attends ! – Parfois la plus chaude saison
Boit la fraîcheur du survenant orage.
- Mais quand ma vie au souhait insistant
Est par ta voix jusqu’aux veines mordue,
J’arrache un cri à mon coeur haletant,
Comme un poignard dont la lame est tordue…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Meurt-on d’aimer? On peut le croire,
Tant c’est une mortelle histoire !
- Pourtant il me reste toujours
La grâce, au loin, de tes contours.
- Et la douleur dont tu m’enivres,
Dont je crois que je vais mourir,
Est peut-être, ô prudent désir !
Le seul secret qui me fait vivre…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
J’ai vraiment vécu des jours-tels,
Si longs, si lourds par la souffrance,
Que je songe avec complaisance
Que rien d’humain n’est immortel !
N’être plus! ni moi, ni toi-même !
Oui, ni toi! par qui j’ai connu
L’horreur de craindre ce qu’on aime !
- Ignorer combien tu m’as plu,
Et que tu fus l’homme suprême
Par qui tout autre était exclu,
- Toi dont j’ai baisé le bras nu !…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Moi-même j’ai pensé parfois
Que la flamme de mon esprit
Magnifiait ton coeur surpris;
Mais non; le trésor est en toi.
Et ce que j’imagine n’est,
(Si fort que soit mon tendre élan
Quand les jours sont trop durs, trop lents,)
Qu’égal à ce que je connais…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Je croyais que l’amour c’était toi seul. J’entends
Soudain l’étrange et pur silence du printemps !
Le soir n’arrive point à l’heure coutumière :
Ce doux prolongement de rêveuse lumière
Est comme un messager qui dans le drame accourt
Et puis d’abord se tait. – Je croyais que l’amour
C’était toi seul, avec, serrés sur ton visage,
La musique, les cieux, les climats, les voyages.
Mais plus énigmatique, et plus réelle aussi,
Le doigt levé, ainsi que, Saint Jean, de Vinci,
Écoutant je ne sais quelle immense nouvelle,
L’heure, qui se maintient et lentement chancelle,
Me fixe d’un regard où les siècles ont mis
Le secret fraternel à mon esprit promis…
Le vent s’essaye et tombe. Au loin un chien aboie.
Toi qui fus la douleur dont j’avais fait ma joie,
Toi par qui je portais, mendiant, un trésor,
Qui fus mon choix soudain et pourtant mon effort,
Toi que mon coeur vantait, en appelant sa chance
Cette ardente, servile, oppressante souffrance
De sentir tout mon être entravé par ton corps,
Toi qui fus mon salut et mon péril extrême,
Se, pourrait-il ce soir que, plus fort que toi-même,
L’éternel univers fût vraiment ce que j’aime ?…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Que puis-je te donner qui te rende paisible ?
Puis-je chercher pour toi, aux cieux inaccessibles,
Les étoiles, jouets des anges ?
Verrai-je ton regard devenir clair et doux,
Cependant que tes mains aux rêveuses phalanges
Reposent noblement sur tes calmes genoux ?…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Fais ce que tu veux, désormais.
Va-t-en, reviens, ne viens jamais !
- Mon coeur, qui lentement déchoit,
Fait semblant de t’offrir ce choix;
Pourtant, je sais bien, tu le penses !
Que tu n’as nulle obéissance…
- Je devrais, en ces sombres jours,
Songer aux poignantes amours
Qu’en des fronts plus purs je suscite.
Mais il n’est pas de réussite
Contre ces guerriers bien armés
Qui, massés dans mon coeur qui rêve,
Sans égards, sans pitié, sans trêve,
Me contraignent tous à t’aimer…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Parce que dès l’enfance et d’instinct tu fus triste,
Dans la cité bruyante ou sous les arbres verts,
Et que tu fus surpris qu’on souffre, et qu’on persiste
À souffrir, brave et lâche, en un morne univers;
Parce que la gaîté ne fut sur ta personne
Que le manteau lustré d’un fuyant carnaval,
Et qu’un sonore ennui en ton âme résonne,
Ton coeur hostile et pur est de mon coeur l’égal.
Mais malgré cette étrange et noble ressemblance,
Nous nous sentons divers, lointains, dépossédés.
À quoi m’a donc servi ma suave puissance ?
J’ai disposé du monde et je ne puis t’aider !
- Que faire si vraiment le destin se refuse,
(Tandis que ta langueur recherche un calme oubli)
À t’imposer, plus tendre et reposant qu’un lit,
Mon coeur qui s’affermit en même temps qu’il s’use…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Je ne croyais pas trouver lÃ
Des raisons de souffrir encor !
- Un jardin, son humble décor, –
(Lequel de nous deux a donc tort?)
Mais ton oeil ressemble aux lilas !
Tu sais, je n’anticipais pas,
Je ne m’étais pas dit, vraiment,
Moi qui te combats prudemment,
Qu’Ã chaque instant, Ã chaque pas,
Je heurterais mon coeur qui songe
À quelque chose qui fût toi;
Mais j’ai le dédain du mensonge !
Hélas! j’avouerai que je vois
En tout lieu, en tout paysage,
Quelque élément de ton visage !…
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Bien peu de coeurs sont désirants,
Un tiède destin les rassure,
Ils goûtent les faibles mesures,
Les jours égaux, prévus et francs,
L’avenir calme et sans ardeur.
- Il faut plaindre les donateurs !
Poème de l’amour
Poèmes de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Citations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
La poésie n'a pas d'autre but qu'elle même.
[ Charles Baudelaire ]