30oct2009
Classé dans : Poésie
Auteur : FJ
Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce :
Jamais un lourdaud, quoi qu’il fasse,
Ne saurait passer pour galant.
Peu de gens, que le ciel chérit et gratifie,
Ont le don d’agréer infus avec la vie.
C’est un point qu’il leur faut laisser,
Et ne pas ressembler à l’âne de la fable,
Qui pour se rendre plus aimable
Et plus cher à son maître, alla le caresser.
" Comment ? disait-il en son âme,
Ce chien, parce qu’il est mignon,
Vivra de pair à compagnon
Avec Monsieur, avec Madame ;
Et j’aurai des coups de bâton ?
Que fait-il ? il donne la patte ;
Puis aussitôt il est baisé :
S’il en faut faire autant afin que l’on me flatte,
Cela n’est pas bien malaisé. "
Dans cette admirable pensée,
Voyant son maître en joie, il s’en vient lourdement,
Lève une corne toute usée,
La lui porte au menton fort amoureusement,
Non sans accompagner, pour plus grand ornement,
De son chant gracieux cette action hardie.
" Oh ! oh ! quelle caresse !et quelle mélodie !
Dit le maître aussitôt. Holà , Martin-bâton ! "
Martin-bâton accourt : l’âne change de ton.
Ainsi finit la comédie.
L’ Ane et le petit Chien
Poèmes de Jean de La Fontaine
Citations de Jean de La Fontaine
Autres poésies :
- Le Loup et le Chien – Jean de La Fontaine Un loup n’avait que les os et la peau, Tant les chiens faisaient bonne garde. Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau, Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde. L’attaquer, le mettre en quartiers, Sir loup l’eût [...]...
- Le Renard et le Bouc – Jean de La Fontaine Capitaine renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés : Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ; L’autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits : Là chacun d’eux se désaltère. Après qu’abondamment tous deux en eurent pris, Le renard dit au bouc : " Que ferons-nous, compère ? Ce n’est [...]...
- Le Corbeau et le Renard – Jean de La Fontaine Maître Corbeau, sur un arbre perché,Tenait en son bec un fromage.Maître Renard, par l’odeur alléché,Lui tint à peu près ce langage :Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !Sans mentir, si votre ramageSe rapporte à votre plumage,Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. A ces [...]...
- La Lice et sa Compagne – Jean de La Fontaine Une lice étant sur son terme, Et ne sachant où mettre un fardeau si pressant, Fait si bien qu’à la fin sa compagne consent De lui prêter sa hutte, où la lice s’enferme. Au bout de quelque temps sa compagne revient. [...]...
- Le Berger et la Mer – Jean de La Fontaine Du rapport d’un troupeau, dont il vivait sans soins, Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrie : Si sa fortune était petite, Elle était sûre tout au moins. A la fin, les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu’il vendit son troupeau, Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau. Cet argent périt par [...]...
- Les voleurs et l’Ane – Jean de La Fontaine Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient : L’un voulait le garder, l’autre le voulait vendre. Tandis que coups de poing trottaient, Et que nos champions songeaient à se défendre, Arrive un troisième larron Qui saisit maître Aliboron. L’âne, c’est quelquefois une pauvre province : Les voleurs sont tel ou tel prince, Comme le Transylvain, le Turc, et le Hongrois. Au lieu de deux, j’en [...]...
- L’ Enfant et le maître d’école. – Jean de La Fontaine Dans ce récit je prétends faire voir D’un certain sot la remontrance vaine. Un jeune enfant dans l’eau se laissa choir, En badinant sur les bords de la Seine. Le ciel permit qu’un saule se trouva, Dont le branchage, [...]...
- Le Loup devenu Berger – Jean de La Fontaine Un loup, qui commençait d’avoir petite part Aux brebis de son voisinage, Crut qu’il fallait s’aider de la peau du renard, Et faire un nouveau personnage. Il s’habille en berger, endosse un hoqueton, Fait sa houlette d’un bâton, Sans oublier la cornemuse. Pour pousser jusqu’au bout la ruse, Il aurait volontiers écrit sur son chapeau : " C’est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. " Sa [...]...
- Le Cygne et le Cuisinier – Jean de La Fontaine Dans une ménagerie De volatiles remplie Vivaient le cygne et l’oison : Celui-là destiné pour les regards du maître ; Celui-ci, pour son goût : l’un qui se piquait d’être Commensal du jardin ; l’autre de la maison. Des fossés du château faisant leurs galeries, Tantôt on les eût vus côte à côte nager, Tantôt courir sur l’onde, et [...]...
- L’Aigle et l’Escarbot – Jean de La Fontaine L’aigle donnait la chasse à maître Jean Lapin, Qui droit à son terrier s’enfuyait au plus vite. Le trou de l’escarbot se rencontre en chemin. Je laisse à penser si ce gîte Était sûr ; mais où mieux ? Jean Lapin s’y blottit. L’aigle fondant sur lui nonobstant cet asile, L’escarbot intercède, et dit : " Princesse des oiseaux, il vous est fort facile D’enlever malgré moi ce [...]...
dicocitations
30 octobre 2009 Ã 4:07
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
(1) Ne forçons point notre talent. On connoît le vers d'Horace : Tu nihil invitâ facies dicesve Minervâ.
Tome I. (Art.poèt ,vers 384.)
(2) Peu de gens que le ciel, etc. Autre imitation du poète Virgile :
Pauci quos aequus amavit
Jupiter, etc.
(AEneid.Liv. VI. vera 129. )
(3) Ont le don d'agréer infus avec la vie. Agréer , être agréable.
Dans son Prologue au Dauphin, il avoit dit;
Et si de t'agréer je n'emporte le prix. Infus ne se dit plus au singulier ; on dit : la science , la grace infuse.
(4) Holà ! Martin-bâton! La Fontaine en empruntant cette ex pression,l'a corrigée. Rabelais en fait le bâton même ( Pantagr. L. III. ch. 12. t. III. p. 66. ). Elle est ici appliquée au valet qui l'emploie. Régnier s'en est servi après Rabelais (Sat. X. v. II3); et M. l'abbé Aubert, après tous ces écrivains ( Fable de l'Ane rêvant).