Je devais par la royauté
Avoir commencé mon ouvrage :
A la voir d’un certain côté,
Messer Gaster en est l’image ;
S’il a quelque besoin, tout le corps s’en ressent.
De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d’eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l’exemple de Gaster.
" Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu’il vécût
d’air.
Nous suons, nous peinons comme bêtes de somme ;
Et pour qui ? pour lui seul ; nous n’en profitons pas ;
Notre soin n’aboutit qu’Ã fournir ses repas.
Chômons, c’est un métier qu’il veut nous faire apprendre. "
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les bras d’agir, les jambes de marcher :
Tous dirent à Gaster qu’il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent :
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ;
Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ;
Chaque membre en souffrit ; les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent
Que celui qu’ils croyaient oisif et paresseux,
A l’intérêt commun contribuait plus qu’eux.
Ceci peut s’appliquer à la grandeur royale.
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle, et réciproquement
Tout tire d’elle l’aliment.
Elle fait subsister l’artisan de ses peines,
Enrichit le marchant, gage le magistrat,
Maintient la laboureur, donne paie au soldat,
Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient seule tout l’État.
Ménénius le sut bien dire.
La commune s’allait séparer du sénat.
Les mécontents disaient qu’il avait tout l’empire,
Le pouvoir, les trésors, l’honneur, la dignité ;
Au lieu que tout le mal était de leur côté,
Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.
Le peuple hors des murs était déjà posté,
La plupart s’en allaient chercher une autre terre
Quand Ménénius leur fit voir
Qu’ils étaient aux membres semblables,
Et par cet apologue, insigne entre les fables,
Les ramena dans leur devoir.
Les Membres et l’Estomac
Poèmes de Jean de La Fontaine
Citations de Jean de La Fontaine
Autres poésies :
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dicocitations
5 octobre 2009 Ã 8:28
Au temps où chez l'homme, l'harmonie ne régnait pas, comme aujourd'hui, dans toutes les parties, mais où chaque membre avait sa volonté et son langage, les autres organes, mécontents de voir que par leurs soins, par leurs efforts et leurs ministères, tout était assuré à l'estomac, que l'estomac était au milieu d'eux, bien tranquille, n'ayant rien à faire que de jouir des plaisirs qu'ils lui procuraient, s'entendirent pour que les mains cessassent de porter les aliments à la bouche, la bouche de recevoir la nourriture donnée, les dents enfin de la broyer. Sous l'influence de cette colère, comme ils voulaient venir à bout de l'estomac par la faim, les membres, à leur tour et le corps tout entier en vinrent eux aussi à un extrême dépérissement. Alors on put voir que l'office du ventre lui non plus n'était pas inutile, mais qu'il nourrissait s'il était nourri, renvoyant dans toutes les parties du corps cet élément qui est notre vie et notre force, qui se répartit également dans les veines, qui arrive à sa perfection par l'assimilation des aliments, le sang. (Tite-Live).
dicocitations
17 octobre 2009 Ã 7:36
ommentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
Un écrivain inspiré, dans qui la philosophie dut reconnoître les (Tome .I)
talens qui prouvent le génie, avant que la religion ne l'élevât sur ses autels, S. Paul, dans une de ses Epîtres , s'exprime ainsi : " Si le pied disoit: puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps ; est-ce que pour cela il ne scroit pas du corps? Et si l'o reille disoit : puisque je ne suis pas l'œil, je ne suis pas du corps ; est-ce que pour cela il n'est pas du corps ? Si tout le corps étoit œil, où seroit l'ouïe ? et s'il étoit tout ouïe, où seroit l'odorat ?… Or l'œil ne peut pas dire à la main, je n'ai pas besoin de votre secours, ni la tête dire aux pieds, vous ne m'êtes point nécessaires, etc.». (II. Cor. 12.) Dans cette supposition de l'Apôtre, vous découvrez les germes de la discorde des membres : encore un pas, et vous avez l'apologue. Témoin ce morceau de Rabelais : « Que chaque chose se mette à ne plus rien prester à autrui, vous allez voir, dit-il, ung terrible tintamarre. La teste ne vouldra prester la veue de ses yeux pour guider les pieds et les mains ; les pieds ne la daigneront porter. . . ; le cœur se faschera de tant se mouvoir pour le pouls des membres , et ne leur prestera plus…. Somme en ce monde delsrayé , rien ne debvant, rien ne prestant, rien n'empruntant, vous voirrez une conspiration plus pernicieuse que n'a figuré Esope en son apologue, et périra sans doute ». (Pantagr. L. III. ch. 3. Voyez aussi le Jouvencel, bien antérieur au Pantagruel, fol. 94 à 97.)
(1) Je devois par la royauté
Avoir commencé. On ne se permettroit plus aujourd'hui ce double emploi du prétérit.
(2) Gaster. L'Estomac, Rabelais, (L. IV. ch. 57) : « La sentence du satyrique est vraye, qui dict messere Gaster estre de touts arts le mestre ». ( Ingenii largitor venter. Perse. )
(3) De vivre en Gentilhomme. Trait de satyre. L'étymologie de ce mot rend vraiment piquante l'application que La Fontaine en fait ici. Le Pogge, dans une de ses lettres, nous instruit qu'il est d'origine vénitienne : Gen-tiles homInes, ut vestro verbo utar, dit-il , en écrivant au noble Greg. Coriario, p. 326. Or, on sait les privilèges des nobles vénitiens.
(4) Chommons, Chommer, ne rien faire, comme aux jours de fête. La Monnoie dérive ce mot de chaume, ce qui couvre la cabane du pauvre, parce que « aux jours de fête, il demeure en repos sous le chaume. » ( OEuvr.T. .I édit.in-40. pag. 385).
(5) Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale. L'auteur de l'ouvrage intitule: Code de la Naure (Diderot), conteste la justesse de l'application de cet apologue au gouvernement monarchique. Peut-être ne seroit il pas difficile d'opposer à son opinion d'autres raisonnement et d'autres autorites ; mais la Révolution Française a mis le scellé sur la tombe des défenseurs de la royauté.
(6) Menenius le sut bien dire. Ce fait est consigné dans Tite Live, L. II. Valere Maxime, L. VIII. ch. 9» Florus, L. I. ch. 23, et les autres historiens de la République romaine. Le Sophocle anglais, Shakespeare, en a fait un beau commentaire dans son Coriolan.
dicocitations
17 octobre 2009 Ã 7:36
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
Un écrivain inspiré, dans qui la philosophie dut reconnoître les (Tome .I)
talens qui prouvent le génie, avant que la religion ne l'élevât sur ses autels, S. Paul, dans une de ses Epîtres , s'exprime ainsi : " Si le pied disoit: puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps ; est-ce que pour cela il ne scroit pas du corps? Et si l'o reille disoit : puisque je ne suis pas l'œil, je ne suis pas du corps ; est-ce que pour cela il n'est pas du corps ? Si tout le corps étoit œil, où seroit l'ouïe ? et s'il étoit tout ouïe, où seroit l'odorat ?… Or l'œil ne peut pas dire à la main, je n'ai pas besoin de votre secours, ni la tête dire aux pieds, vous ne m'êtes point nécessaires, etc.». (II. Cor. 12.) Dans cette supposition de l'Apôtre, vous découvrez les germes de la discorde des membres : encore un pas, et vous avez l'apologue. Témoin ce morceau de Rabelais : « Que chaque chose se mette à ne plus rien prester à autrui, vous allez voir, dit-il, ung terrible tintamarre. La teste ne vouldra prester la veue de ses yeux pour guider les pieds et les mains ; les pieds ne la daigneront porter. . . ; le cœur se faschera de tant se mouvoir pour le pouls des membres , et ne leur prestera plus…. Somme en ce monde delsrayé , rien ne debvant, rien ne prestant, rien n'empruntant, vous voirrez une conspiration plus pernicieuse que n'a figuré Esope en son apologue, et périra sans doute ». (Pantagr. L. III. ch. 3. Voyez aussi le Jouvencel, bien antérieur au Pantagruel, fol. 94 à 97.)
(1) Je devois par la royauté
Avoir commencé. On ne se permettroit plus aujourd'hui ce double emploi du prétérit.
(2) Gaster. L'Estomac, Rabelais, (L. IV. ch. 57) : « La sentence du satyrique est vraye, qui dict messere Gaster estre de touts arts le mestre ». ( Ingenii largitor venter. Perse. )
(3) De vivre en Gentilhomme. Trait de satyre. L'étymologie de ce mot rend vraiment piquante l'application que La Fontaine en fait ici. Le Pogge, dans une de ses lettres, nous instruit qu'il est d'origine vénitienne : Gen-tiles homInes, ut vestro verbo utar, dit-il , en écrivant au noble Greg. Coriario, p. 326. Or, on sait les privilèges des nobles vénitiens.
(4) Chommons, Chommer, ne rien faire, comme aux jours de fête. La Monnoie dérive ce mot de chaume, ce qui couvre la cabane du pauvre, parce que « aux jours de fête, il demeure en repos sous le chaume. » ( OEuvr.T. .I édit.in-40. pag. 385).
(5) Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale. L'auteur de l'ouvrage intitule: Code de la Naure (Diderot), conteste la justesse de l'application de cet apologue au gouvernement monarchique. Peut-être ne seroit il pas difficile d'opposer à son opinion d'autres raisonnement et d'autres autorites ; mais la Révolution Française a mis le scellé sur la tombe des défenseurs de la royauté.
(6) Menenius le sut bien dire. Ce fait est consigné dans Tite Live, L. II. Valere Maxime, L. VIII. ch. 9» Florus, L. I. ch. 23, et les autres historiens de la République romaine. Le Sophocle anglais, Shakespeare, en a fait un beau commentaire dans son Coriolan.