L’ Enfant et le maître d’école. – Jean de La Fontaine 2


Dans ce récit je prétends faire voir
D’un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune enfant dans l’eau se laissa choir,
En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu’un saule se trouva,

Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S’étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un maître d’école ;
L’enfant lui crie : " Au secours ! je péris. "

Le magister, se tournant à ses cris,
D’un ton fort grave à contretemps s’avise
De le tancer : " Ah ! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l’a mis sa sottise !

Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux qu’il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu’ils ont de maux ! et que je plains leur sort ! "
Ayant tout dit, il mit l’enfant à bord.

Je blâme ici plus de gens qu’on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant
Se peut connaître au discours que j’avance.
Chacun des trois fait un peuple fort grand :
Le Créateur en a béni l’engeance.

En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d’exercer leur langue.
Eh ! mon ami, tire-moi de danger,
Tu feras après ta harangue.

L’ Enfant et le maître d’école.
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



2 thoughts on “L’ Enfant et le maître d’école. – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 5, 2009 8:02

    Un enfant qui se baignait un jour dans un fleuve était en danger de se noyer. Apercevant un passant, il lui demandait à grands cris de l'aide. L'autre de gronder l'enfant et de l'appeler imprudent; mais celui-ci:
    – Pour le moment, dit-il, je te prie de me porter secours; plus tard, quand tu m'auras sauvé, tu me gronderas.

    Appliquons cette fable à ceux qui fournissent à autrui l'occasion de leur nuire.(Esope)

  2. Reply dicocitations Oct 17, 2009 8:22

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.

    (1) Après Dieu. Dieu , cause première, providence suprême , dispose les événemens qui agissent comme causes secondes.
    (2) Ayant tout dit : mot d'une admirable naïveté. Heureusement qu'il ne lui restoit plus rien à dire, sans quoi l'enfant étoit perdu.
    (3) Le Créateur en a béni l'engeance : tant l'espèce en est commune. Allusion à ces mots : benedicens dixit ; crescite et multiplicamini.
    (4) Tu feras après ta harangue. Cette manie de dogmatiser avoit été déjà le sujet des plaisanteries de Rabelais. Dans Gargantua , a Un moine passant à cheval sous un noyer, lasche la bride et se trouve pendu aux branches, cependant que le cheval se desrobe de dessoubs lui.Par ce moyen demoura le moyne pendant au noyer, et criant à l'aide et au meurtre. Endemon premier l'apperçeut, et appelant Gargantua, Cyre, dist-il, venez envoyez Absalon pendu. Gargantua venu , considéra la contenance du moyne, et la forme dont il pendoit, et dist à Eudemon, vous avez mal rencontré, le comparant à Absalon ; car Absalon se pendit par les cheveux, mais le moyne, ras de teste, s'en pendu par les aureilles.
    Aidez-moy, dist le moyne , de par le diable. N'est-il pas bien le temps de jaser? Vous me semblez les prescheurs decretalistes qui disent que quiconque voisra son prochain en dangier de mort , il le doit, soubs peine d'excommunication , plustôt admonester de soy confesser et mettre en estat de grâce, que de luy aider. ( Gargantua , L. I. ch. 43 ), » S. Augustin lui-même s'est moqué de cette manie , comme l'a fort bien remarque Melander dans ses Jocoseria, Tom. I. n°. 520. Rabel. T. I. édit. d'Amsterd. 1725, pag.268,

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