4oct2009
Classé dans : Poésie
Auteur : FJ
Une grenouille vit un Bœuf.
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : " Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
Nenni. - M’y voici donc ? - Point du tout. M’y voilà ?
- Vous n’en approchez point. " La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf
Poèmes de Jean de La Fontaine
Citations de Jean de La Fontaine
Autres poésies :
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dicocitations
17 octobre 2009 Ã 8:00
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
(1) Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille. Gomme ce vers est pittoresque ! Mr de Voltaire refuse à La Fontaine le titre de peintre ; ce seul exemple suffiroit pour repousser l'accusation. Que l'on eût donné à Oudry, à Paul Poter le sujet de cette fable à représenter, ils auroient bien saisi dans le gonflement de la Gre nouille un point fixe, qu'ils auroient rendu avec l'énergie qui les caractérise ; mais la progression des mouvemens, mais ces efforts ambitieux de l'animal qui se travaille dans tous les sens , auroient échappé à leur pinceau. Ici le vers s'étend et se prolonge avec l'action. L'accumulation des verbes, la répétition embarrassée des mots, la rendent réellement présente aux yeux.
(2) Est-ce assez? dites-moi, etc. Ce dialogue est un modèle de précision et de naturel. On a fait honneur à un écrivain contemporain (* ) d'avoir donné plus de rapidité au style du dialogue , en le dégageant des parenthèses dit-il et répondit-il. Régnier, Rabelais, La Fontaine sur-tout, avoient les premiers droits à cet éloge.
(3) . . . La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva. Termes de mépris empruntés du langage commun.— Le récit est simple, l'expression familière ; c'est que la mort d'une Grenouille victime de sa ridicule prétention , ne méritoit pas plus de colère. Le poète Desforges-Maillard a es sayé d'ennoblir cette expression dans ces vers :
Que nous sommes les rois des hôtes des forêts,
Et de tout ce qu'orgueil a surnommé pécore. ( Fab. 8).
(4) Le monde est plein de gens, etc. Le sens moral de cette fable avoit-il besoin d'être énoncé ? Phèdre ne l'a pas cru. La Fon taine n'a point imité son prédécesseur ; J. J. Rousseau lui en fait un reproche qu'il étend, à tous les apologues ( **). Que de richesses perdues pour l'apologue et pour la langue, si La Fontaine eut pensé ainsi!
J'observe qne deux des plus célèbres personnages de ce siècle , ont jugé La Fontaine avec une excessive sévérité. Ses contempo rains furent plus justes envers lui ; les écrivains médiocres lui par donnèrent sa supériorité, et les plus grands génies, ou présagèrent ses succès, ou les embellirent encore par leurs suffrages.
(*) L'auteur des Contes Moraux vivoit encore à l'époque ou ce commentaire fut composé.
(**) Je voudrois qu'ayant de mettre les fables de cet auteur inimitable entre les mains d'un jeune homme, on en retranchât toutes ces conclusions par lesquelles il prend la peine d'expliquer ce qu'il vient de dire aussi clairement qu'agréablement. (Emile, Liv. IV. )