La Chauve-souris et les deux Belettes – Jean de La Fontaine 1


Une chauve-souris donna tête baissée
Dans un nid de belette ; et sitôt qu’elle y fut,
L’autre, envers les souris de longtemps courroucée,
Pour la dévorer accourut.
" Quoi ? vous osez, dit-elle, à mes yeux vous produire,

Après que votre race a tâché de me nuire !
N’êtes-vous pas souris ? Parlez sans fiction.
Oui, vous l’êtes, ou bien je ne suis pas belette.
– Pardonnez-moi, dit la pauvrette,
Ce n’est pas ma profession.

Moi souris ! Des méchants vous ont dit ces nouvelles.
Grâce à l’auteur de l’univers,
Je suis oiseau ; voyez mes ailes :
Vive la gent qui fend les airs ! "
Sa raison plut, et sembla bonne.

Elle fait si bien qu’on lui donne
Liberté de se retirer.
Deux jours après, notre étourdie
Aveuglément se va fourrer
Chez une autre belette, aux oiseaux ennemie.
La voilà derechef en danger de sa vie.

La dame du logis avec son long museau
S’en allait la croquer en qualité d’oiseau,
Quand elle protesta qu’on lui faisait outrage :
" Moi, pour telle passer ! Vous n’y regardez pas.
Qui fait l’oiseau ? c’est le plumage.

Je suis souris : vivent les rats !
Jupiter confonde les chats ! "
Par cette adroite repartie
Elle sauva deux fois sa vie.

Plusieurs se sont trouvés qui, d’écharpe changeants,

Aux dangers, ainsi qu’elle, ont souvent fait la figue.
Le sage dit, selon les gens,
" Vive le roi ! vive la ligue ! "

La Chauve-souris et les deux Belettes
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



One comment on “La Chauve-souris et les deux Belettes – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 5, 2009 8:11

    Une chauve-souris étant tombée à terre fut prise par une belette, et, sur le point d'être mise à mort, elle la suppliait de l'épargner. La belette répondit qu'elle ne pouvait la relâcher, étant de sa nature ennemie de tous les volatiles. L'autre affirma qu'elle était, non pas un oiseau mais une souris et fut ainsi remise en liberté. Plus tard, elle tomba une seconde fois et fut prise par une autre belette. Elle lui demanda de ne pas la dévorer, et, comme la belette lui répondait qu'elle était l'ennemie de tous les rats, elle affirma qu'elle n'était pas un rat, mais une chauve-souris, et elle fut une seconde fois relâchée. Voilà comment en changeant deux fois de nom, elle assura son salut.

    Cette fable montre que nous non plus nous ne devons pas nous en tenir aux mêmes moyens, attendu que ceux qui se transforment selon les circonstances échappent souvent au danger.(Esope).

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