La Mort et le bûcheron – Jean de La Fontaine 3


Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans,
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.

" Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos. "
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d’un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu’il faut faire.

" C’est, dit-il, afin de m’aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère "

Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d’où nous sommes :
Plutôt souffrir que mourir,
C’est la devise des hommes.

La Mort et le bûcheron
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



3 thoughts on “La Mort et le bûcheron – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 5, 2009 8:01

    Un jour, un vieillard portant du bois qu'il avait coupé, faisait une longue route. Succombant à la fatigue, il déposa quelque part son fardeau, et il appelait la mort. La mort arriva et lui demanda pourquoi il l'appelait. Alors le vieillard épouvanté lui dit:
    – Pour que tu soulèves mon fardeau.

    Cette fable montre que tout homme aime la vie, même s'il est malheureux et pauvre. (Esope)

  2. Reply dicocitations Oct 17, 2009 8:18

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.

    (1) Un pauvre bûcherom tout couvert de ramée,
    Sous le faix, etc. Quel tableau ! pas un mot qui ne soit une image ; pas un trait qui n'ajoute à la beauté de l' ensemble. Quelle force dans les couleurs ! et sur-tout quelle savante progression dans la peinture de ces charges diverses sous lesquelles gémit le pauvre vieillard : c'est le bois, c'est l'âge , c'est la misère, c'est tout à la fois. On est ému, attendri, à l'aspect de tant d'infortune ! Hantée,
    vieux mot. Clém. Marot: L'autre à sa dame estandoit la ramée. ( Temple de Cupido ).
    Sous le faix du fagot. C'est bien assez, c'est déjà trop de ce seul fagot pour l'écraser, tant les ans et ses longs malheurs l'ont rendu foible ! Gémissant et courbé, marchoit à pas pesans. La marche de ce vers est lente et pénible comme celle du Bûcheron. Enfin , n'en pouvant plus d'efforts et de douleur. Ce dernier trait achève le tableau et le rend admirable. C'est la nature qui succombe ; elle a épuisé jusqu'à ses derniers efforts. Que David ait à représenter cette scène, il ne lui reste plus rien à imaginer : seulement qu'il copie La Fontaine, et l'art comptera un chef-d'œuvre de plus. Pour faire son Jupiter, Phidias n'eut qu'à imiter Homère.
    (2) Quel plaisir a-t-il eu, etc. Combien ce monologue est touchant! L'homme qui souffre seroit moins malheureux, sans doute, s'il pouvoit se dérober au sentiment de son malheur. Mais non, ce n'est pas encore assez que le présent l'accable; il faut que sa mémoire elle-même s'arme contre lui. Si du moins ses souvenirs lui offroient quelque aspect moins lugubre! Non : pas un plaisir dont l'image riante mêle une distraction légère au spectacle de ses maux, dont la longue énuméràtion embrasse tous les momens de sa vie.
    (3) Point de pain quelquefois , et jamais de repos. Ce vers est parfait. Que d'idées exprimées dans aussi peu de mots ! Sans cesse mourir de faim ou mourir de fatigue ! A-t-il eu tort de croire qu'il n'en est pas , pas un, plus pauvre ici bas ?
    (4) Le trépas vient tout guérir,etc. Cette fable, un des chefs-d'œuvre de l'apologue français, est terminée par une réflexion fine et profonde, dont la vérité, fondée sur l'expérience , peut être contestée par quelques individus, trop peu nombreux pour faire exception à la règle générale, mais dont tout homme qui voudra être sincère avec lui-même, sentira la justesse.. Invoquer la mort, dit Sénèque, c'est mentir. ( Voy. Trad. des Lettres de Sé-nèque, par feu M. Lagrange , T. II. p. 322). Pourquoi ? parce que c'est la nature elle-même, et non l'opinion, qui repousse l'idée de la mort. Mortem horret natura ; non opinio.

  3. Reply dicocitations Oct 17, 2009 8:19

    Comparons le même sujet traité par un homme également fameux , qui le composa dans sa plus grande force, comme nous l'apprend le fils de son illustre ami. (Mémoires sur la vie de J. Racine? P.123 ).
    Fable de Boileau.
    Le dos chargé de bois et le corps tout en eau, Un pauvre Bûcheron, dans l'extrême vieillesse, Marchoit en haletant de peine et de détresse. Enfin , las de souffrir, jettant là son fardeau , Plutôt que de s'en voir accablé de nouveau, Il souhaite la mort, et cent fois il l'appelle. La Mort vient à la fin. Que veux-tu? cria-t-elle. Qui ? moi ! dit-il, alors prompt à se corriger Que tu m'aides à me charger.
    Le dos chargé de bois et le corps tout en éau,
    Un pauvre Bûcheron. Dajas La Fontaine, c'est le corps tout entier qui est couvert du bois qui le courbe et l'écrase. Le corps tout en eau , expression triviale.
    Dans l'extrême vieillesse : hémistiche (faible et languissant. On le croiroit placé là pour la rime.
    Marchoit. S'il marchoit, il avoit donc encore des forces. La fontaine prévient l'objection en ajoutant à pas pesans.
    En haletant de peine et de détresse. On ne dit point haleter de peine et de détresse : on diroit haleter de fatigue ; ces mots ne sont point synonymes ; les premiers désignent des afflictions morales, in lérieures, qui ne font point haleter.
    Enfin , las de souffrir, jettant là son fardeau. La répétion du mot là, quoiqu'elle ne se fasse sentir qu'à l'oreille , est le moindre défaut de ce vers. Nous ne poursuivrons pas plus loin la comparaison ; ce qui suit est encore plus médiocre. Molière n'avoit donc fait que pressentir le jugement de la postérité, quand il disoit à ses célèbres amis : Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils n'effaceront pas le bon- homme. (Vie de La Fontaine, en tête de l'édit. de Montenaut).
    (*) Dans cette imitation, le Laboureur invoque un tombeau; la terre Ouvre son sein pour l'y recevoir ; il recule d'horreur , et retourne bien vite à sa charrue. — Qu'est-ce que le sein de la terre peut avoir d'effrayant pour un Laboureur?

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