Le Lièvre et les Grenouilles – Jean de La Fontaine 1


Un lièvre en son gîte songeait,
(Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) ;
Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge,

" Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite,
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
Voilà comme je vis : cette crainte maudite

M’empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
– Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
– Et la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu’en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi. "

Ainsi raisonnait notre lièvre,
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,

Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s’enfuir devers sa tanière.
Il s’en alla passer sur le bord d’un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.

" Oh ! dit-il, j’en fais faire autant
Qu’on m’en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l’alarme au camp !
Et d’où me vient cette vaillance ?

Comment ? des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n’est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi. "

Le Lièvre et les Grenouilles
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



One comment on “Le Lièvre et les Grenouilles – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 5, 2009 8:15

    Des lièvres s'étant assemblés un jour déploraient entre eux leur sort, disant que leur vie était exposée aux dangers et pleine d'appréhension, que tout le monde, chiens, aigles, beaucoup d'autres encore voulaient leur perte, que mieux valait mourir une bonne fois que trembler toute sa vie. Tous approuvèrent et s'élancèrent ensemble vers un étang pour s'y jeter et s'y noyer; mais des grenouilles accroupies autour de l'étang, au bruit de leur course, aussitôt s'y précipitèrent. Alors un des lièvres, pensant avoir plus de sens que les autres, s'écria:
    – Arrêtez, camarades, et ne faites rien contre vous-mêmes d'irréparable. II y a, comme vous voyez, des gens qui ont encore plus peur que vous.

    Cette fable montrent que les malheureux trouvent de la consolation dans les épreuves pires encore qui frappent d'autres hommes. (Esope).

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