Les voleurs et l’Ane – Jean de La Fontaine 2


Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient :

L’un voulait le garder, l’autre le voulait vendre.
Tandis que coups de poing trottaient,
Et que nos champions songeaient à se défendre,
Arrive un troisième larron

Qui saisit maître Aliboron.

L’âne, c’est quelquefois une pauvre province :

Les voleurs sont tel ou tel prince,
Comme le Transylvain, le Turc, et le Hongrois.
Au lieu de deux, j’en ai rencontré trois :
Il est assez de cette marchandise.
De nul d’eux n’est souvent la province conquise :

Un quart voleur survient, qui les accorde net
En se saisissant du baudet.

Les voleurs et l’Ane
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



2 thoughts on “Les voleurs et l’Ane – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 5, 2009 8:00

    L'apologue d'Esope "Le lion, l'ours et le renard" figurait dans "Esope" de Gryphe, (Lyon 1536)
    Après des versions françaises du XVIème, qui avaient remplacé les animaux par des humains, d'autres versions françaises, écrites au XVIIème auraient servi de source à La Fontaine.
    La fable est peut-être issue de la situation politique internationale dans les Balkans à cette époque.
    La sagesse de cette fable rejoint celle de "l'huître et les plaideurs" (M.Fumaroli, Fables éd. la Pochothèque)

  2. Reply dicocitations Oct 17, 2009 8:15

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.

    (1) Pour un Ane enlevé. Le mot enlevé ne se dit que des corps maniables qu'on emporte en les soulevant. Hercule enlève le trépied d'Apollon. Pluton enlève Proserpine. Cacus dérobe les vaches d'Hercule : on n'enlève point un Ane. Le poète s'est corrigé : en se saisissant du Baudet., dit-il au dernier vers. Cette expression ne vaut pas mieux; on saisit une maison, on ne se saisit point d'un Ane.
    (2) Maître Aliboron, vieux mot. On écrivoit jadis alibo-rum. Je le crois synonyme de maître fou, comme si l'on disoit; ad elleborum, vas à l'ellébore retrouver ta raison. Dans l'ancienne Comméie de la Passion J. C, à personnages (imprimée in-4°chez Philippe Lenoir, en 1532 ), les satellites Gadifer et Griffon, à la vue du,Sauveur vêtu du manteau dérisoire, comme un insensé : Gadifer ; sire roi , maistre aliborum, Griffon ; hoè ! ave, rex Judeorum.
    La Fontaine ne l'a sans doute pas cherché si loin, il avoit lu dans le poète Sarrazin ( Testament de Goulu ) : Ma sotane est pour maître Aliboron Car la sotane à sot Ane appartient.
    (3) Au lieu de deux. Qui auroit cru que La Fontaine put dire malin? Il l'est pourtant, mais comme un enfant aimable, dont l'innocente naïveté laisse échapper des traits satyriques dont il est impossible que l'on se fâche. .
    (4) De nul d'eux. La transposition rend ce vers lourd et mauvais»
    (5) Un quart voleur, pour un quatrième. Louis XIV pouvoit se reconnoître ici plus aisément que dans les prétendues allégories du Télémaque ; et pourtant, sous ce roi despote, La Fontaine vécut et mourut libre.

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