Il faudra bien pourtant que le jour vienne, un jour, Où je ne pourrai plus t’aimer, Où mon coeur sera dur, mon esprit sombre et sourd, Ma main froide et mes yeux fermés ! Cet inutile effort pour ne pas te quitter, Ce vain espoir de vivre encor, L’horreur de déserter ma place à ton [...]
Sans regrets, crois-moi, sans effroi, Je vais mourir. Je meurs de froid. Je ne sens plus bien ta chaleur. On ne peut pas lutter sans cesse; Mon esprit contre ta paresse Se brise. C’est toi le vainqueur. Je sens s’éloigner de mon coeur Cette image immense et précise De ta personne errante, assise, Et qui [...]
Tout le ciel d’été me renvoie Ton image, dont la vapeur Monte incessamment de mon coeur. Ah! que tu sois aussi la proie De cette mortelle langueur ! – Se pourrait-il vraiment qu’on voie Faiblir celui qui nous fait peur ! – N’es-tu pas fatigué d’entendre, Homme prudent, sage, cruel, Monter de ce coeur, ivre [...]
Bien peu de coeurs sont désirants, Un tiède destin les rassure, Ils goûtent les faibles mesures, Les jours égaux, prévus et francs, L’avenir calme et sans ardeur. – Il faut plaindre les donateurs !Poème de l’amourPoèmes de Anna de Brancovan, comtesse de NoaillesCitations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
Je ne croyais pas trouver là Des raisons de souffrir encor ! – Un jardin, son humble décor, – (Lequel de nous deux a donc tort?) Mais ton oeil ressemble aux lilas ! Tu sais, je n’anticipais pas, Je ne m’étais pas dit, vraiment, Moi qui te combats prudemment, Qu’à chaque instant, à chaque pas, [...]
Parce que dès l’enfance et d’instinct tu fus triste, Dans la cité bruyante ou sous les arbres verts, Et que tu fus surpris qu’on souffre, et qu’on persiste À souffrir, brave et lâche, en un morne univers; Parce que la gaîté ne fut sur ta personne Que le manteau lustré d’un fuyant carnaval, Et qu’un [...]
Fais ce que tu veux, désormais. Va-t-en, reviens, ne viens jamais ! – Mon coeur, qui lentement déchoit, Fait semblant de t’offrir ce choix; Pourtant, je sais bien, tu le penses ! Que tu n’as nulle obéissance… – Je devrais, en ces sombres jours, Songer aux poignantes amours Qu’en des fronts plus purs je suscite. [...]
Que puis-je te donner qui te rende paisible ? Puis-je chercher pour toi, aux cieux inaccessibles, Les étoiles, jouets des anges ? Verrai-je ton regard devenir clair et doux, Cependant que tes mains aux rêveuses phalanges Reposent noblement sur tes calmes genoux ?…Poème de l’amourPoèmes de Anna de Brancovan, comtesse de NoaillesCitations de Anna de [...]
Je croyais que l’amour c’était toi seul. J’entends Soudain l’étrange et pur silence du printemps ! Le soir n’arrive point à l’heure coutumière : Ce doux prolongement de rêveuse lumière Est comme un messager qui dans le drame accourt Et puis d’abord se tait. – Je croyais que l’amour C’était toi seul, avec, serrés sur [...]
Moi-même j’ai pensé parfois Que la flamme de mon esprit Magnifiait ton coeur surpris; Mais non; le trésor est en toi. Et ce que j’imagine n’est, (Si fort que soit mon tendre élan Quand les jours sont trop durs, trop lents,) Qu’égal à ce que je connais…Poème de l’amourPoèmes de Anna de Brancovan, comtesse de [...]
La poésie n'a pas d'autre but qu'elle même.
[ Charles Baudelaire ]