Puisque le coeur même, et le temps, Et les chétives circonstances Peuvent altérer la constance, J’ai bien fait de t’aimer autant ! J’ai bien fait de graver mon âme Sur le joyau de ton regard, Pour qu’un jour toi-même réclames Contre les assauts du hasard, Pour que jamais plus tu n’oublies Cette chaîne des yeux [...]
Quand je suis ivre de tourment, Gisant malade au fond du gouffre, Je ne me meurs pas faiblement, C’est par ma force que je souffre. Par tant de force, et par l’essai De calmer l’âme belliqueuse ! Qui peut comprendre cet excès ? La douleur, c’est ce que l’on sait, La douleur n’est pas partageuse. [...]
Royalement, – peut-être en vain, – Car, hélas! à l’heure qu’il est J’ignore encor ce qui te plait, Je t’ai fait des cadeaux divins ! Sans que tu puisses t’en douter, Et comme un jardin pour les dieux, Mon coeur te situe au milieu De tous mes immortels étés. Et cependant que sous ton toit [...]
Automne pluvieux, mélancolique automne, Remets cet ami dans mes bras ! Que m’importent ton eau, tes râles monotones, Ton dépit, ton sombre embarras, Si, dédaignant soudain tes humides rafales, Je retrouve le tiède été Près d’un corps chaleureux, et que mon front s’installe Dans la douceur de son côté ! – Grâce d’un calme flot [...]
Les coeurs purs et spirituels Ne possèdent qu’un froid arôme Dont le fragile et faible baume N’est ni divin ni sensuel. Mais dans sa force qui réclame, Dans son miracle de chaleur, De raison, de fièvre, de pleurs, Le corps seul témoigne pour l’âme…Poème de l’amourPoèmes de Anna de Brancovan, comtesse de NoaillesCitations de Anna [...]
Le secret est plus évident Que ce qui s’affirme et s’éploie; Le sourire errant sur les dents Est plus exultant que la joie. – Clairvoyance pleine d’égards Dont on couve une âme pâmée ! C’est quand ta paupière est fermée Que je possède ton regard…Poème de l’amourPoèmes de Anna de Brancovan, comtesse de NoaillesCitations de [...]
Azuré, faible, blessé Par le couteau de l’automne, L’été se meurt, affaissé Dans l’éther qui l’abandonne. C’est un jour étroit. – Refus D’opulence et de bien-être ! – Mon amour, toi qui ne fus Que tel que tu pouvais être, Sans rien au delà de toi, Sans effort contre toi-même, Sans ce frémissant émoi Dont [...]
Tu m’as quittée; adieu, je pense à toi. – Dans l’air du soir une horloge qui sonne ! – Calme du ciel, douceur de ta personne, Dans ta maison ta persistante voix ! Ta voix toujours, encor, loin de ma vie À qui pourtant tout de ton être est dû; Quelle que soit mon inlassable [...]
Tu ne peux rien pour moi, puisque je t’aime, Un tel amour rend l’autre démuni. Garde ta force et ta tendresse même, Sache être pauvre auprès de l’infini. Je vois souvent ta peine sérieuse Et la bonté de tes beaux yeux pensants, Mais que me fait ton coeur reconnaissant ? La gratitude est plus mystérieuse [...]
C’est d’une adresse humble et savante De t’avoir aimé de la sorte, Car, par mon coeur qui se transporte En ta force heureuse et mouvante, Je ne vis plus d’être vivante, Et ne mourrai pas d’être morte !Poème de l’amourPoèmes de Anna de Brancovan, comtesse de NoaillesCitations de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
La poésie n'a pas d'autre but qu'elle même.
[ Charles Baudelaire ]