Le Pilori – Renée Vivien


Pendant longtemps, je fus clouée au pilori,

Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri.

Puis, des hommes ont pris dans leurs mains une boue

Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.

Les pleurs montaient en moi, houleux comme des flots,

Mais mon orgueil me fit refouler mes sanglots.

Je les voyais ainsi, comme à travers un songe

Affreux et dont l’horreur s’irrite et se prolonge.

La place était publique et tous étaient venus,

Et les femmes jetaient des rires ingénus.

Ils se lançaient des fruits avec des chansons folles,

Et le vent m’apportait le bruit de leurs paroles.

J’ai senti la colère et l’horreur m’envahir.

Silencieusement, j’ai appris à les haïr.

Les insultes cinglaient, comme des fouets d’ortie.

Lorsqu’ils m’ont détachée enfin, je suis partie.

Je suis partie au gré du vent. Et depuis lors

Mon visage est pareil à la face des morts.

Le Pilori
Poèmes de Renée Vivien

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