A George Sand (II) – Alfred de Musset

4 oct 2009 Classé dans : Poésie

Telle de l’Angelus, la cloche matinale
Fait dans les carrefours hurler les chiens errants,
Tel ton luth chaste et pur, trempé dans l’eau lustrale,
Ô George, a fait pousser de hideux aboiements,

Mais quand les vents sifflaient sur ta muse au front pâle,
Tu n’as pu renouer tes longs cheveux flottants ;
Tu savais que Phébé, l’Étoile virginale
Qui soulève les mers, fait baver les serpents.

Tu n’as pas répondu, même par un sourire,
A ceux qui s’épuisaient en tourments inconnus,
Pour mettre un peu de fange autour de tes pieds nus.

Comme Desdémona, t’inclinant sur ta lyre,
Quand l’orage a passé tu n’as pas écouté,
Et tes grands yeux rêveurs ne s’en sont pas douté.

A George Sand (II)
Poèmes de Alfred de Musset

Citations de Alfred de Musset

A George Sand (I) – Alfred de Musset

4 oct 2009 Classé dans : Poésie

Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,
Bel ange aux yeux d’azur, aux paupières voilées,
Amour, mon bien suprême, et que j’avais perdu !
J’ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,
Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
Au chevet de mon lit, te voilà revenu.

Eh bien, deux mots de toi m’ont fait le roi du monde,
Mets la main sur mon cœur, sa blessure est profonde ;
Élargis-la, bel ange, et qu’il en soit brisé !
Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,
N’a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,
Nul sur un plus beau front ne t’a jamais baisé !


A George Sand (I)
Poèmes de Alfred de Musset

Citations de Alfred de Musset

A George Sand (IV) – Alfred de Musset

4 oct 2009 Classé dans : Poésie

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre coeur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude,

La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.

Et pourtant, ô mon coeur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.

Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.


A George Sand (IV)
Poèmes de Alfred de Musset

Citations de Alfred de Musset

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots où se répand le coeur mystérieux ;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !
Mon coeur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !


Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine
Poèmes de Victor Hugo

Citations de Victor Hugo

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,

Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu

C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,

Roseaux du vent, sourires parfumés,

Ailes couvrant le monde de lumière,

Bateaux chargés du ciel et de la mer,

Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d’une couvée d’aurores

Qui gît toujours sur la paille des astres,

Comme le jour dépend de l’innocence

Le monde entier dépend de tes yeux purs

Et tout mon sang coule dans leurs regards.

La Courbe de tes yeux
Poèmes de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Citations de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s’engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s’évaporer les soleils,

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

L’amoureuse
Poèmes de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Citations de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Toutes les choses au hasard

Tous les mots dits sans y penser

Et qui sont pris comme ils sont dits

Et nul n’y perd et nul n’y gagne

Les sentiments à la dérive

Et l’effort le plus quotidien

Le vague souvenir des songes

L’avenir en butte à demain

Les mots coincés dans un enfer

De roues usées de lignes mortes

Les choses grises et semblables

Les hommes tournant dans le vent

Muscles voyants squelette intime

Et la vapeur des sentiments

Le coeur réglé comme un cercueil

Les espoirs réduits à néant

Tu es venue l’après-midi crevait la terre

Et la terre et les hommes ont changé de sens

Et je me suis trouvé réglé comme un aimant

Réglé comme une vigne

A l’infini notre chemin le but des autres

Des abeilles volaient futures de leur miel

Et j’ai multiplié mes désirs de lumière

Pour en comprendre la raison

Tu es venue j’étais très triste j’ai dit oui

C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde

Petite fille je t’aimais comme un garcon

Ne peut aimer que son enfance

Avec la force d’un passé très loin très pur

Avec le feu d’une chanson sans fausse note

La pierre intacte et le courant furtif du sang

Dans la gorge et les lèvres

Tu es venue le voeu de vivre avait un corps

Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres

Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glacons

Comme un oeil qui voit clair

L’herbe fine figeait le vol des hirondelles

Et l’automne pesait dans le sac des ténèbres

Tu es venue les rives libéraient le fleuve

Pour le mener jusqu’à la mer

Tu es venue plus haute au fond de ma douleur

Que l’arbre séparé de la forêt sans air

Et le cri du chagrin du doute s’est brisé

Devant le jour de notre amour

Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil

Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire

Gloire le souterrain est devenu sommet

La misère s’est effacée

La place d’habitude où je m’abêtissais

Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue

Se sont mis à briller d’un feu battant des mains

L’éternité s’est dépliée

O toi mon agitée et ma calme pensée

Mon silence sonore et mon écho secret

Mon aveugle voyante et ma vue dépassée

Je n’ai plus eu que ta présence

Tu m’as couvert de ta confiance.


Dominique aujourd’hui présente
Poèmes de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Citations de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Si je vous dis : j’ai tout abandonné

C’est qu’elle n’est pas celle de mon corps,

Je ne m’en suis jamais vanté,

Ce n’est pas vrai

Et la brume de fond où je me meus

Ne sait jamais si j’ai passé.

L’éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux,

Je suis le seul à en parler,

je suis le seul qui soit concerné

Par ce miroir si nul où l’air circule à travers moi

Et l’air a un visage aimant, ton visage,

A toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent,

La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi,

Les astres te devinent, les nuages t’imaginent

Et le sang de la générosité

Te porte avec délices.

Je chante la grande joie de te chanter,

La grande joie de t’avoir ou de ne pas t’avoir,

La candeur de t’attendre, l’innocence de te connaitre,

O toi qui supprimes l’oubli, l’espoir et l’ignorance,

Qui supprimes l’absence et qui me mets au monde,

Je chante pour chanter, je t’aime pour chanter

Le mystère où l’amour me crée et se délivre.

Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.

Celle de toujours, toute
Poèmes de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Citations de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Toi la seule et j’entends les herbes de ton rire

Toi c’est la tête qui t’enlève

Et du haut des dangers de mort

Sur les globes brouillés de pluie des vallées

Sous la lumière lourde sous le ciel de terre

Tu enfantes la chute.

Les oiseaux ne sont plus un abri suffisant

Ni la paresse ni la fatigue

Le souvenir des bois et des ruisseaux fragiles

Au matin des caprices

Au matin des caresses visibles

Au grand matin de l’absence la chute.

Les barques de tes yeux s’égarent

Dans la dentelle des disparitions

Le gouffre est dévoilé aux autres de l’éteindre

Les ombres que tu crées n’ont pas droit à la nuit.

Toi la seule
Poèmes de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Citations de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Nous avons fait la nuit je tiens ta main je veille

Je te soutiens de toutes mes forces

Je grave sur un roc l’étoile de tes forces

Sillons profonds où la bonté de ton corps germera

Je me répète ta voix cachée ta voix publique

Je ris encore de l’orgueilleuse

que tu traites comme une mendiante

Des fous que tu respectes des simples où tu te baignes

Et dans ma tête qui se met doucement d’accord avec la tienne avec la nuit

Je m’émerveille de l’inconnue semblable à toi semblable à tout ce que j’aime

Qui est toujours nouveau.

Nous avons fait la nuit
Poèmes de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Citations de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard



Dico Poèmes

La poésie n'a pas d'autre but qu'elle même.
[ Charles Baudelaire ]

Catégories

Méta