Le Lion et l’Ane chassant – Jean de La Fontaine 2


Le roi des animaux se mit un jour en tête

De giboyer : il célébrait sa fête.
Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux,
Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux.
Pour réussir dans cette affaire,
Il se servit du ministère
De l’âne à la voix de Stentor.
L’âne à messer lion fit office de cor.

Le lion le posta, le couvrit de ramée,
Lui commanda de braire, assuré qu’à ce son
Les moins intimidés fuiraient de leur maison.
Leur troupe n’était pas encore accoutumée
A la tempête de sa voix ;
L’air en retentissait d’un bruit épouvantable :
La frayeur saisissait les hôtes de ces bois,
Tous fuyaient, tous tombaient au piège inévitable

Où les attendait le lion.
" N’ai-je pas bien servi dans cette occasion ?

Dit l’âne, en se donnant tout l’honneur de la chasse.

Oui, reprit le lion, c’est bravement crié :

Si je ne connaissais sa personne et ta race,
J’en serais moi-même effrayé. "
L’âne, s’il eût osé, se fût mis en colère,

Encor qu’on le raillât avec juste raison ;
Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron ?
Ce n’est pas là leur caractère.

Le Lion et l’Ane chassant
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



2 thoughts on “Le Lion et l’Ane chassant – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 5, 2009 8:17

    L'homme sans mérite qui vante sa gloire en paroles trompe ceux qui ne le connaissent pas, est la risée de ceux qui le connaissent. Le lion, voulant chasser en compagnie de l' âne , le couvrit de ramée et lui recommanda d'épouvanter les animaux du son inaccoutumé de sa voix afin de les arrêter au passage. Celui-ci dresse de toutes ses forces ses oreilles avec une clameur soudaine et terrifie les bêtes de ce prodige d'un nouveau genre. Tandis qu'épouvantées elles gagnent leurs issues habituelles, le lion les terrasse d'un élan terrible. Quand il fut las de carnage, il appela l'âne, lui dit d'étouffer ses cris. Alors l'autre, insolemment:
    – Comment trouves-tu cet effet de ma voix ?
    – Merveilleux, dit le lion, au point que, si je n'avais connu ton caractère et ta race, j'aurais été pris de la même terreur. (Phèdre).

  2. Reply dicocitations Oct 17, 2009 9:29

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
    (1) Le Roi des animaux. Oui; Car la nature semble avoir tracé sur le front de ce terrible animal l'empreinte du commandement. Charron a dit : " Aux petites et particulières royauté» il y a une marque et majesté, comme il se voit an Lion , avec son collier, sa couleur de poil et ses yeux. » ( Sagesse ,Liv. I. ch. 10. n°. 7. )
    (2) De giboyer. Chasse le gibier. J. B. Rousseau :
    Quaud sur Bayard, par bois ou sur montagne, A giboyer vous prenez vos ébats.
    (Epigr. Liv. IV. ep. 2.)
    (3) A la voix de Stentor. Grec célèbre par la force de sa voix.
    (4) Messer Lion, pour messir E. Boileau : «Le bon messer Lu-Jovico ne se souvenoit pas, etc. (Dissert, sur Joconde.)
    (5) Le couvrit de ramée. Pour le soustraire aux regards, qui n'auroient pas été trompés sur le caractère de l'animal, quand on l'auroit été par sa voix. Marnée, feuillage épais, du mot latin, ramus, rameau.
    Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée,
    (Liv. 1. fab. 16.)
    (6) Les moins intimidés fuiroient de leurs maisons. La peur portée à l'extrême, produit un double effet : ou elle comprime toutes les facultés, prive du mouvement, et n'en laisse que ce qu'il faut pour se tenir bien caché, Por gentes humiles stravit pavor : ou bien elle précipite hors de sa retraite celui qui en est atteint, lui donne le courage de la fuite, et l'amène par là au piège même qu'il veut éviter. Le Lion a bien su le calculer.
    (7) A la tempête de sa voix. Quelle image ! Sa voix semblable à la tempête , eût été déjà très-hardi. Mais c'est une tempête elle-même : c'est un de ces orages furieux toujours accompagnés du bruit du tonnerre, toujours suivis du trouble, de l'égarement et du désastre.
    (8) C'est bravement crié. Ironie pleine de finesse. L'application de la bravoure à l'action de jeter un cri, devient plus plaisante encore par le caractère de celui qui la fait ; c'est le Lion, le roi des animaux, qui certes doit se connoitre en courage. Rousseau eût pu faire de ce rapprochement le mot d'une epigramme.

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