Le Paon se plaignant à Junon – Jean de La Fontaine 1


Le paon se plaignait à Junon.
" Déesse, disait-il, ce n’est pas sans raison
Que je me plains, que je murmure :

Le chant dont vous m’avez fait don
Déplaît à toute la nature ;
Au lieu qu’un rossignol, chétive créature,
Forme des sons aussi doux qu’éclatants,
Est lui seul l’honneur du printemps.
Junon répondit en colère :

" Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d’envier la voix du rossignol,
Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue, et qui semble à nos yeux

La boutique d’un lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les cieux
Plus que toi capable de plaire ?
Tout animal n’a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :

Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
Le faucon est léger, l’aigle plein de courage ;
Le corbeau sert pour le présage ;
La corneille avertit des malheurs à venir ;

Tous sont contents de leur ramage.

Cesse donc de te plaindre ; ou bien, pour te punir,
Je t’ôterai ton plumage. "

Le Paon se plaignant à Junon
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



One comment on “Le Paon se plaignant à Junon – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 17, 2009 9:27

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
    (1) Le Paon se plaignoit à Junon. Cette déesse est la protectrice naturelle de l'Oiseau qui lui est consacré. Argus ayant été choisi par elle pour garder Io, que Jupiter, son époux, aimoit, et qui fut changée en Vache ; Mercure l'endormit au son de sa flûte, et le tua par ordre de Jupiter. Junon, pour récompenser la fidélité de son espion, le métamorphosa en Paon, dont les cercles d'or qui paroissent semés sur sa queue sont autant d'yeux.
    (2) Déesse, disoit-il. L'apostrophe est brusque. C'est moins par honneur, qu'avec la sécheresse de la plainte, que l'Oiseau mé content adresse cette appellation.
    (3) Toi que l'on voit porter, etc. Il y a dans toutes les langues des descriptions de la riche parure du Paon. En connoit-on qui réunisse plus de magnificence à plus de précision? Ce sont pour la variété de ses couleurs, les nuances dé Varc-en-ciei, c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus brillant dans k nature : c'est, pour l'éclat de ces mêmes parures, la boutique d'un Lapidaire, c'est-à-dire tout ce que l'art peut étaler de plus somptueux. Observons que ces beaux vers de La Fontaine ne sont pourtant qu'une superbe broderie de ces vers de Phèdre :
    Nitor smaragdi collo praefulget tuo , Pictisque plumis gemmeam caudam explicas.
    (4) Nous vous avons donné, L'épouse de Jupiter , associée par les privilèges de la couche nuptiale, à la toute-puissance de la majesté suprême , n'a garde d'oublier la part qu'elle eut à ces magnifiques créations. Ainsi Virgile lui fait dire : ego quœ regina Deûm incedo Jovisque et soror et conjux. L'excellence de l'ouvrage et de l'ouvrier relève encore l'injustice de la plainte.

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