La génisse, la chèvre, et leur sœur la brebis,
Avec un fier lion, seigneur du voisinage,
Firent société, dit-on, au temps jadis,

Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie.
Eux venus, le lion par ses ongles compta,
Et dit : " Nous sommes quatre à partager la proie. "

Puis en autant de parts le cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de Sire :
" Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison,
C’est que je m’appelle lion :
A cela l’on n’a rien à dire.

La seconde, par droit, me doit échoir encor :
Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant, je prétends la troisième.
Si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
Je l’étranglerai tout d’abord. "

La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine

Autres poésies :

  1. Les Loups et les Brebis – Jean de La Fontaine Après mille ans et plus de guerre déclarée, Les loups firent la paix avecque les brebis. C’était apparemment le bien des deux partis ; Car si les loups mangeaient mainte bête égarée, Les bergers de leur peau se faisaient maints habits. Jamais de liberté, ni pour les pâturages, Ni d’autre part pour les carnages : Ils ne [...]...
  2. Le Lion abattu par l’Homme – Jean de La Fontaine On exposait une peinture Où l’artisan avait tracé Un lion d’immense stature Par un seul homme terrassé. Les regardants en tiraient gloire. Un lion en passant rabattit leur caquet. " Je vois bien, dit-il, qu’en effet On vous donne ici la victoire ; Mais l’ouvrier vous a déçus : Il avait liberté de feindre. Avec plus de raison nous [...]...
  3. Le Lion et l’Ane chassant – Jean de La Fontaine Le roi des animaux se mit un jour en tête De giboyer : il célébrait sa fête. Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux, Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux. Pour réussir dans cette affaire, Il se servit du ministère De l’âne à la voix de Stentor. L’âne à messer lion fit office de cor. Le lion [...]...
  4. Le Lion et le Rat – Jean de La Fontaine Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde, On a souvent besoin d’un plus petit que soi. De cette vérité deux fables feront foi, Tant la chose en preuves abonde. Entre les pattes d’un lion Un rat sortit de terre assez à l’étourdie. Le roi des animaux, en cette occasion, Montra ce qu’il était, et lui donna la vie. Ce bienfait ne [...]...
  5. Le Lion devenu vieux – Jean de La Fontaine Le lion, terreur des forêts, Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse, Fut enfin attaqué par ses propres sujets, Devenus forts par sa faiblesse. Le cheval s’approchant lui donne un coup de pied ; Le loup, un coup de dent ; le bœuf, un coup de corne. Le malheureux lion, languissant, triste, et morne, Peut à peine [...]...
  6. Le Lion et le Moucheron – Jean de La Fontaine " Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre ! " C’est en ces mots que le lion Parlait un jour au moucheron. L’autre lui déclara la guerre. " Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi Me fasse peur ni me soucie ? Un bœuf est plus puissant que toi : Je le mène à ma fantaisie. " A peine il achevait ces mots, Que lui-même il sonna la charge, Fut le trompette et [...]...
  7. L’ Aigle la Laie et la Chatte – Jean de La Fontaine L’aigle avait ses petits au haut d’un arbre creux, La laie au pied, la chatte entre les deux, Et sans s’incommoder, moyennant ce partage, Mères et nourrissons faisaient leur tripotage. La chatte détruisit par sa fourbe l’accord ; Elle grimpa chez l’aigle, et lui dit : " Notre mort (Au moins de nos enfants, car c’est tout un [...]...
  8. Le Loup devenu Berger – Jean de La Fontaine Un loup, qui commençait d’avoir petite part Aux brebis de son voisinage, Crut qu’il fallait s’aider de la peau du renard, Et faire un nouveau personnage. Il s’habille en berger, endosse un hoqueton, Fait sa houlette d’un bâton, Sans oublier la cornemuse. Pour pousser jusqu’au bout la ruse, Il aurait volontiers écrit sur son chapeau : " C’est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. " Sa [...]...
  9. Avec ses vêtements ondoyants et nacrés – Charles Baudelaire Avec ses vêtements ondoyants et nacrés, Même quand elle marche on croirait qu’elle danse, Comme ces longs serpents que les jongleurs sacrés Au bout de leurs bâtons agitent en cadence. Comme le sable morne et l’azur des déserts, Insensibles tous deux à l’humaine souffrance, Comme les longs réseaux de la houle des mers, Elle se [...]...
  10. Le Berger et la Mer – Jean de La Fontaine Du rapport d’un troupeau, dont il vivait sans soins, Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrie : Si sa fortune était petite, Elle était sûre tout au moins. A la fin, les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu’il vendit son troupeau, Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau. Cet argent périt par [...]...