La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion – Jean de La Fontaine 1


La génisse, la chèvre, et leur sœur la brebis,
Avec un fier lion, seigneur du voisinage,
Firent société, dit-on, au temps jadis,

Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie.
Eux venus, le lion par ses ongles compta,
Et dit : " Nous sommes quatre à partager la proie. "

Puis en autant de parts le cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de Sire :
" Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison,
C’est que je m’appelle lion :
A cela l’on n’a rien à dire.

La seconde, par droit, me doit échoir encor :
Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant, je prétends la troisième.
Si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
Je l’étranglerai tout d’abord. "

La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



One comment on “La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 17, 2009 8:06

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
    (1) Leur sœur, par la conformité des goûts et des habitudes.
    (2) Firent société, etc. Le fabuliste Richer accuse le défaut de vraisemblance d'une telle société ,Le Lion ne peut admettre pour compagnons de sa chasse, les animaux mêmes dont il fait son gibier. «Voilà certainement, conclut Champfort, une mauvaise fable que La Fontaine a mise en vers d'après Phèdre.» On voit par ces mots : Dit-on, au temps jadis, que notre poète a voulu couvrir le vice du fonds.
    (3) Dans tes lacs ( filets ) de la Chèvre un cerf se trouva pris. « Le cerf peut-il être la pâture de ces animaux ?» Richer, Préface des Fables.
    (4) Vers ses associés aussitôt elle envoie. La bonne-foi de la Chèvre contraste bien avec la perfide voracité du Lion.
    (5) En qualité de Sire. Dans la Satyre ménippée, le sieur de Rioux, après avoir raconté ses brigandages , ajoute : Il me suffira que m'appelliez Sire ( T. I.p. 1o3).

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