La Colombe et la Fourmi – Jean de La Fontaine 1


L’autre exemple est tiré d’animaux plus petits.

Le long d’un clair ruisseau buvait une colombe
Quand sur l’eau se penchant une fourmis y tombe
Et dans cet océan l’on eût vu la fourmis
S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La colombe aussitôt usa de charité :
Un brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté,

Ce fut un promontoire où la fourmis arrive.

Elle se sauve ; et là-dessus
Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus.
Ce croquant, par hasard, avait une arbalète.
Dès qu’il voit l’oiseau de Vénus,
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.

Tandis qu’à le tuer mon villageois s’apprête,
La fourmis le pique au talon.
Le vilain retourne la tête :

La colombe l’entend, part, et tire de long
Le soupé du croquant avec elle s’envole :
Point de pigeon pour une obole.

La Colombe et la Fourmi
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



One comment on “La Colombe et la Fourmi – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 17, 2009 8:54

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
    (1) Une Fourmis y tombe. Le mot Fourmi ne prend l's qu'au pluriel. Les lexicographes n'ont point remarqué cette innovation de La Fontaine.
    (2) Et dans cet océan. Toute grandeur est relative. Le simple ruisseau est toujours bien vaste quand on s'y noie : il est alors l'océan tout entier, comme la planche qui sauve du naufrage est un promontoire. Ces images ennoblissent les acteurs, et rehaussent le lieu de la scène.
    (3) Usa de charité.
    La Colombe est tendre, et partant généreuse, a dit M. l'abbé Aubert, Liv. IV. f. 1.
    (4) Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
    Ce fut un promontoire. Florian pensoit sans doute à ces jolis ver s, lorsque dans sa fable du Lapin et de la Sarcelle, il écrivoit :
    La Sarcelle le quitte, Et revient traînant un vieux nid Laissé par des Canards. Elle l'emplit bien vite De feuilles de roseaux ; les presse, les unit Des pieds, du bec, en fait un batelet capable De supporter un lourd fardeau. Puis elle attache à ce vaisseau Un brin de jonc qui sert de cable.
    (5) Passe un certain croquant. Terme de mépris, un misérable , un homme de néant. Dans le Rolland travesti (Paris, 165o), ou lit :
    Les grands coups orbes et piquans Que se tirent ces deux croquans. ( Ch. I. ) Ce mot a passé dans le style familier ; il vient du nom de cro quant, donné à quelques malheureux paysans de la Guyenne, révoltés sous Louis XIII.
    (6) Le vilain retourne la tête. Mot ancien qui signifie un paysan. De villa, maison de campagne, a été formé villanus, villain. D'autres transportent bien plus loin l'étymologie de ce mot.

Leave a Reply