J’ai ruiné mon cœur, j’ai dévasté mon âme

Et je suis aujourd’hui le mendiant d’amour :

Des souvenirs, pareils à la vermine infâme,

Me rongent à la face implacable du jour.

J’ai ruiné mon cœur, j’ai dévasté mon âme

Et je viens lâchement implorer du destin

Un reflet de tes yeux au caprice divin,

O forme fugitive, ô pâleur parfumée

Si prodigalement, si largement aimée !

J’ai cherché ton regard dans les yeux étrangers,

J’ai cherché ton baiser sur des lèvres fuyantes ;

La vigne qui rougit au soleil des vergers

M’a versé dans ses flots le rire des Bacchantes ;

J’ai cherché ton regard dans les yeux étrangers

Sans libérer mon cœur de tes âpres caresses.

Et, comme les soupirs des plaintives maîtresses

Qui pleurent dans la nuit un été sans retour,

J’entends gémir l’écho des paroles d’amour.

O forme fugitive, ô pâleur parfumée,

Incertaine douceur arrachée au destin,

Si prodigalement, si largement aimée,

J’ai perdu ton sourire au caprice divin ;

O forme fugitive, ô pâleur parfumée,

Tu m’as fait aujourd’hui le mendiant d’amour

Étalant à la face implacable du jour

La douleur sans beauté d’une misère infâme…

J’ai ruiné mon cœur, j’ai dévasté mon âme.

J’ai ruiné mon cœur
Poèmes de Renée Vivien

Citations de Renée Vivien

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