Philomèle et Progné – Jean de La Fontaine 2


Autrefois Progné l’hirondelle
De sa demeure s’écarta,
Et loin des villes s’emporta
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
" Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous ?
Voici tantôt mille ans que l’on ne vous a vue :
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
Dites-moi, que pensez-vous faire ?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire ?
– Ah ! reprit Philomèle, en est-il de plus doux ? "
Progné lui repartit : " Eh quoi ? cette musique,
Pour ne chanter qu’aux animaux,
Tout au plus à quelque rustique ?
Le désert est-il fait pour des talents si beaux ?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas.
– Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas :
En voyant les hommes, hélas !
Il m’en souvient bien davantage. "

Philomèle et Progné
Poèmes de Jean de La Fontaine

Citations de Jean de La Fontaine



2 thoughts on “Philomèle et Progné – Jean de La Fontaine

  1. Reply dicocitations Oct 18, 2009 2:42

    L'hirondelle volant loin des champs trouva dans une forêt déserte le rossignol au chant clair. Philomèle pleurait Itys prématurément arrachée à la vie. Et l'hirondelle lui dit:
    – Salut, très chère.C'est la première fois que je te vois depuis la Thrace, mais viens dans la campagne et dans la demeure des hommes; tu vivras sous notre toit et tendrement aimée. Tu y chanteras pour les laboureurs, non pour les bêtes.
    Le rossignol à la voix sonore lui répondit:
    – Laisse-moi habiter dans les rochers déserts, car les maisons et la fréquentation des hommes rallumeraient en moi le souvenir de mes anciennes misères.

    Cette fable signifie qu'il vaut mieux vivre sans souffrance dans la solitude que d'habiter avec le malheur dans les cités. (Gabrias)

  2. Reply dicocitations Oct 18, 2009 2:42

    Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine… – 1803.
    (1) Tout au plus à quelque rustique, La Fontaine a conservé à ce mot rustique l'acception substantive qu'il a dans les anciens auteurs. Il avoit déjà dit: c'est assez, dit le rustique ( Fable du Rat de ville et du Rat des champs ). Laïques et rustiques se confondoient autrefois et supposoient une égale ignorance, dans ces temps où, les ordres de la noblesse et du clergé étoient seuls en possession de la science. On en voit des témoignages fréquens dans Grégoire de Tours (voyez sa Préface), dans les écrivains d'après Lui et dans les poètes jusqu'au, seizième siècle. Alors la servitude, et l'ignorance faisoient l'apanage des vilains ou rustiques , c'est-à-dire, de ceux qui habitoient les campagnes, ou qui en avoient les mœurs.
    (2) Le désert est-il fait, etc. Après avoir cité cette délicieuse tirade toute entière , M. Bernardin de Saint-Pierre ajoute : « Je n'entends pas de fois les airs ravissans et mélancoliques d'un Rossignol caché sous une feuillée, et les piou-piou prolongés qui traversent, comme des soupirs, le chant de cet oisean solitaire, que je ne sois tenté de croire que la Nature a révélé son aventure a: sublime La Fontaine, en même temps qu'elle lui inspiroit ces vers. Si ces fables n'etoient pas l'histoire des hommes, elles se roient encore pour moi un supplément à celle des animaux». (Etudes de la Nature, L. 1. vers le milieu.)
    (3) Venez faire aux cites éclater leurs merveilles. Aux cités se rapportant à venez, n'est pas exact. On dit : aller à la ville, venir dans les villes ; le lieu est fixe : aller aux champs , parce que l'espace n'est pas déterminé. On lira avec le plus touchant intérêt dans J. B. Rousseau (L. 1. ép. 6. ), une fable de Philomèle , dont le sujet s'éloigne de celui-ci, mais dont les accessoires, les pensées et la morale se rapprochent de notre apologue.
    Un autre poète , M. Lebrun, a imité ainsi la fable de La Fontaine :
    Sous des berceaux couverts de verdure et de fleurs ,
    Philomèle aux regrets toujours abandonnée, Chante, gémit, verse des pleurs.
    Progné, sa sœur infortunée, A ses accens plaintifs vient joindre ses douleurs.
    De tous leurs entretiens, Echo, témoin fidelle ,
    En les répétant se rappelle Le triste souvenir de ses propres malheurs.

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